Le bon moment

Le bon moment pour incorporer son entreprise

Travailleur autonome ou entreprise individuelle? Découvrez les signaux qui indiquent qu'il est temps de passer à l'incorporation et les avantages fiscaux qui vous attendent.

📖 8 min de lecture

Vous vous demandez si c'est le moment d'incorporer?

Vous facturez vos clients depuis quelques années maintenant. Les affaires vont bien — peut-être même trop bien pour rester travailleur autonome. Votre comptable vous a glissé le mot « incorporation » lors de votre dernière rencontre, et depuis, la question vous trotte dans la tête.

Vous n'êtes pas seul. Chaque année, environ 50 000 nouvelles entreprises sont créées au Québec selon le Registraire des entreprises du Québec. Parmi elles, une proportion grandissante choisit l'incorporation dès le départ — ou y migre après quelques années d'activité.

Mais comment savoir si c'est vraiment le bon moment pour vous?

Le seuil magique : quand vos revenus parlent

Parlons chiffres. En 2026, le taux d'imposition marginal des particuliers au Québec peut atteindre 53,31 % pour les revenus dépassant 177 882 $. En comparaison, une société par actions (SPCC) paie un taux combiné d'environ 12,2 % sur ses premiers 500 000 $ de revenus d'entreprise active grâce à la Déduction pour petite entreprise.

La règle du pouce? Si votre bénéfice net dépasse 80 000 $ à 100 000 $ par année et que vous n'avez pas besoin de retirer tout cet argent pour vivre, l'incorporation commence à faire du sens. Vous pourrez laisser l'excédent dans la société, investi ou en réserve, taxé à un taux beaucoup plus bas.

Selon une étude de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI), les propriétaires de PME incorporées épargnent en moyenne 15 000 $ à 25 000 $ par année en impôts comparativement à ceux qui opèrent comme travailleurs autonomes avec des revenus similaires.

Les signaux qu'il est temps de sauter le pas

Au-delà des revenus, certains signes ne mentent pas :

1. Vous commencez à avoir peur des poursuites

Si vous travaillez dans un domaine où les risques de responsabilité sont élevés — consultation, construction, services professionnels — l'incorporation crée une barrière entre vos actifs personnels et votre entreprise. Votre maison et vos économies restent protégées si quelque chose tourne mal.

2. Vous voulez vous verser un salaire régulier

L'incorporation vous permet de vous payer un salaire fixe, avec des retenues à la source comme n'importe quel employé. Fini le stress des acomptes provisionnels à calculer et à payer quatre fois par année. Votre comptabilité personnelle devient beaucoup plus simple.

3. Vos clients corporatifs le demandent

Certaines grandes entreprises préfèrent — ou exigent — travailler avec des fournisseurs incorporés. C'est une question d'assurance, de contrats, et parfois simplement de politique interne. Si vous perdez des contrats parce que vous êtes « juste » un travailleur autonome, il est temps d'y penser sérieusement.

4. Vous pensez à vendre un jour

Une entreprise incorporée a une valeur marchande plus claire. Elle peut être vendue, transférée, ou transmise à vos enfants avec des avantages fiscaux substantiels (pensez à l'exonération cumulative des gains en capital de 1 016 836 $ en 2026 pour les actions de SPCC admissibles).

Le meilleur moment de l'année pour incorporer

Techniquement, vous pouvez incorporer n'importe quand. Mais stratégiquement? Le début de votre année fiscale actuelle ou juste après une grosse rentrée d'argent sont des moments optimaux.

Beaucoup de comptables recommandent le 1er janvier pour une année financière qui suit l'année civile — ça simplifie tout. D'autres préfèrent des dates comme le 1er avril ou le 1er juillet pour décaler les obligations et mieux gérer le flux de trésorerie.

Une chose à éviter : incorporer en milieu d'année sans planification. Vous vous retrouverez avec une courte année fiscale, des déclarations supplémentaires, et potentiellement des surprises désagréables.

Les coûts à prévoir

L'incorporation au Québec coûte entre 800 $ et 2 500 $ selon que vous passiez par un avocat, un notaire, ou un service en ligne. À cela s'ajoutent :

  • Frais annuels du Registraire des entreprises : 89 $ (déclaration annuelle)
  • Comptabilité : 2 000 $ à 5 000 $ de plus par année comparativement à un travailleur autonome
  • Tenue de livres corporative : résolutions annuelles, registres, etc.

Ces coûts sont réels, mais si vous êtes dans la bonne fourchette de revenus, les économies d'impôt les dépassent largement.

Et si vous n'êtes pas prêt?

Pas de pression. L'incorporation n'est pas une obligation — c'est un outil. Si vos revenus sont encore modestes (sous 60 000 $ de bénéfice net) ou si vous retirez tout ce que vous gagnez pour vivre, les avantages seront minimes.

L'important, c'est de réévaluer votre situation chaque année avec un comptable qui connaît votre dossier. Le bon moment viendra — et quand il arrivera, vous le saurez.

Prochaines étapes

  1. Faites le calcul avec votre comptable : projection sur 3 ans, scénarios avec et sans incorporation
  2. Choisissez votre structure : SPCC classique, société de gestion, holding?
  3. Planifiez la transition : transfert des contrats, ouverture du compte bancaire corporatif, nouvelles factures

Les règles fiscales évoluent constamment. Cet article reflète la situation en 2026. Consultez un professionnel pour des conseils adaptés à votre situation.

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